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brouillard
glacé
après l'accident le sang chaud
sur l'asphalte
Serge
Tomé
Un haïku forgé, en voiture ce matin.
Cela m'est venu ainsi sur l'autoroute couverte de brouillard. C'est venu
de je ne sais où. Une image forte. Si le dispositif (ici les oppositions
chaud-froid, gris-couleur, vie-mort, avant-après) sont classiques,
l'habillement (sang) venait d'ailleurs.
Après-midi, j'ai compris. Je devais donner
du sang mais je l'avais oublié ce matin. On le l'a rappelé
à midi. Le sang, celui des blessures d'accident, celui que l'on
perd ou que l'on donne, devait traîner dans mon esprit. Il était
en attente (parce que c'était une chose que je devais faire), dans
l'antichambre du conscient et a affleuré dans le haïku du
matin, dans les "images" qui font le haïku. On touche un
peu ce mécanisme lorsque l'on s'éveille à l'heure
sans réveil. Quelque chose, un processus veille en nous et finit
par se manifester.
J'ai toujours pensé que notre regard
n'est pas innocent, libre de lui-même mais qu'il est "guidé"
par tout une foule de choses de l'arrière-boutique de notre conscient.
La chose importante ici est de les voir à l'oeuvre dans la genèse
d'un haïku. Ce n'est donc pas notre regard conscient, constructeur,
qui sert de base à la perception d'une situation haïku. C'est
plutôt ces choses, en attente, qui s'expriment en choisissant ce
qui passe par notre regard. Le regard "haïku" aurait peut-être
aussi une origine liée à notre passé conscient et
inconscient, à nos tensions internes non résolues, à
nos processus en attente.
De là l'idée que le haïku
est une poésie automatique que l'on doit laisser couler, s'exprimer
seule et non s'efforcer d'écrire.
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