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spring
frost --
the park cannon aimed
at the church
givre
de printemps --
le canon du parc pointé
vers l'église
Tom
Clausen
Un haïku immobile... riche de potentialités.
J'aime :
- Le sentiment global de froid et de silence.
Le froid par l'utilisation de "givre", mais aussi par le bronze
muet du canon, et la fraîcheur traditionnellement liée au
parc. Le silence, à cause du matin de givre, mais aussi de l'église
et du parc (un endroit habituellement calme dans une ville bruyante).
Le silence est aussi sous-entendu dans l'image du canon, par l'image en
creux du bruit.
- L'immobilité de la scène. Le
givre donne une image immobile des choses. Le bronze du canon aussi. L'impression
est sous-lignée par la disposition des objets. Le canon pointé
vers l'église. Pas d'action. Trop tard pour l'action car le canon
est trop vieux. Mais il reste le "souvenir" de la potentialité
de l'action. L'esprit extrapole à partir de la disposition des
choses et continue l'action. Rien ne se passe mais les choses sont en
place.
- Les oppositions. Opposition entre deux objets,
images d'archétypes majeurs. Le pouvoir des hommes et celui de
Dieu. Rien ne se passe mais... Opposition. (Le givre est peut-être
là aussi pour "endormir" les choses, comme dans le conte
où tout le pays est "gelé" dans le sommeil.) Opposition
entre le bruit, la fureur, la guerre "implicite dans le canon et
le silence, le calme, la paix en principe implicite dans la notion d'église.
Opposition aussi entre le transitoire et l'éternel. Le canon appartient
au passé, il n'a fait que de passer dans l'histoire. L'église
a une image implicite de durée, extratemporelle. C'est ici le temps
traité sur deux facettes différentes.
- La structure. J'aime cette structure "elliptique"
sans verbe conjugé. Elle crée un impression de légèreté,
une peinture par touches. Sans verbe, il n'y a pas d'action apparente.
Tout est dans les potentialités. Cela ajoute à l'impression
d'immobilité de ce haïku.
- L'ouverture. La situation est claire, tout
semble dit à la première lecture. Et cependant presque rien
n'est dit, laissant la pleine liberté à l'imagination du
lecteur.
- Le charme indéfinissable des vieilles
choses. Sabi. Cette touche des maîtres.
- On pourrait aussi remarquer que le printemps
est le temps de la renaissance des choses et que le canon, lui n'ira pas
plus loin. Il n'aura plus de "vie". C'est un des objets "morts"
du parc. Il n'y aura pas de printemps pour lui. Est-ce pour cette raison
qu'il pointe vers l'église ? En signe de désaccord avec
cette injustice ?
- Le contact physique du métal. Un haïku
aussi très sensuel.
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