par Florence Vilén
florence.vilen@spray.se
Première publication en anglais : WHCessay liste de diffusion
du World Haiku Club
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23/07/01 Florence Vilén nous propose ici un essai important, traitant d'un des aspects de la musicalité et du fondement de la poésie du haïku : la question de la "répétition". La répétition est largement écartée de la conception (mode) actuelle du haïku. Cependant, Florence relève ce défi et essaie de nous montrer que cela fonctionne dans le haïku si cela est bien fait. Non seulement, elle parle de sa propre conviction mais elle l'illustre de nombreux exemples de poètes reconnus. Avec sa présentation, comme dans une exposition d'art, nous pouvons nous rendre compte et jouir d'un fascinant ensemble de beaux haïku utilisant cette technique de la répétition. On se demande pourquoi nous nous sommes privés d'utiliser un si merveilleux outil de travail. (Susumu Takiguchi)
ESSAI : "La répétition - pour donner du sens et de la mélodie" Florence Vilén UNE PLACE POUR LA REPETITION Parmi toutes les formes poétiques, le haïku est l'essence même de la brièveté. En pas plus de 3 lignes, il contient un maximum de dix-sept syllabes, souvent moins. Chaque mot, chaque coupure compte. Pourtant il y a des haïku qui ont la place pour de la répétition dans cet espace restreint. Comment est-ce possible ? Il va sans dire que pour cela fonctionne, ce doit être fait avec une habileté, ou une sensibilité considérable. Elle peut cependant être utilisée pour des raisons poétiques bien différentes. Par son réel effet de surprise, la répétition d'un mot ou d'une partie de phrase peut faire en sorte que les lecteurs prêtent une plus grande attention Ils peuvent sentir que le texte doit être lu à haute voix pour être compris. La récitation de la poésie est une excellente pratique qui a été négligée en ces temps de lecture silencieuse de notre instruction généralisée. Un poème bon à lire est bon à réciter, et gagnera à l'être. Souvent le mot qui est répété change quelque peu son sens. Cela encourage le lecteur à savourer l'ensemble de ses significations. Cet effet est particulièrement frappant lorsque les différentes formes d'un verbe sont utilisées. Un mot peut créer une anticipation particulière qui est alors reliée à une surprise. Certains haiku sont écrits dans un style
insaisissable, évanescent qu'il serait difficile de rendre dans
une prose exacte (concrète Ndt). A cause de la répétition
de mots, le lecteur est encouragé à les examiner et à
considérer les diverses interprétations possibles de la
scène. Dans d'autres haïku, le texte peut être parfaitement
clair et la répétition servira d'exclamation, une expression
de l'émerveillement. Une scène peut être condensée.
Un simple mot est utilisé où une description complète
aurait été nécessaire. Voici quelques exemples atteignant, au moyen de cette technique spécifique (qui n'est presque jamais discutée), leur objectif de différentes manières. Ils proviennent tous de deux vastes anthologies, Haiku Moment, éditée par Bruce Ross, et The haiku anthology, 3ème édition de Cor Van Heuvel (avec quelques haïku provenant des deux livres). * * * Un haïku peut être intentionnellement ambigu. En le lisant à haute voix, vous pouvez trouver des images fuyantes dans cette scène nocturne d'une profondeur sans cesse croissante (L. A. Davidson): beyond au-delà Ici, l'impression de profondeur est presque aussi convaincante (Jim Kacian) : clouds seen nuages vus
a poppy. un coquelicot. Le mouvement évanescent d'un insecte (M. L. Bittle-daLapa): firefly there luciole ici Et ici, une véritable sensation du déplacement incertain sur la neige molle (Anita Virgil) : walking the snow-crust marcher sur la croûte de neige
light une lumière Certains poètes ont préféré écrire leurs haïku en une ligne, avec des interruptions internes. Dans cet espace restreint, il peut encore rester de la place pour deux mondes (Marlene Mountain) : above the mountain mountains of the moon au-dessus de la montagne montagnes de la lune
after the garden party the garden
Il y a des haïku avec des mouvements "pierre par pierre", ou "feuilles par feuilles". Il y a aussi cette merveilleuse scène de l'estimation de son trajet (Jane Reichhold) : coming home by flower
rentrer à la maison par fleur La répétition a une fonction descriptive dans un haïku tel que celui-ci, où la dissipation du brouillard est présentée de telle manière que l'on passe du son à l'image (Emily Romano) : through thinning mist à travers le brouillard s'atténuant Au contraire, de moins en moins visible est dans ce paysage (George Ralph) : midday blizzard: blizzard de midi:
Lancer pierre après pierre La répétition peut servir à exprimer la similarité entre le poète et quelque chose du monde qui l'entoure (Gary Hotham) : the sound they make le bruit qu'elles font Occasionnellement, le haiku est en boucle, c'est à dire que le premier mot est aussi le dernier. Pas simple à faire dans cette forme courte. Dans ce premier exemple, la composition pourrait être considérée comme entourant le sujet, formant une charpente pour son mouvement (Virginia Brady Young): Frog's shadow l'ombre de la grenouille Ici, la tristesse transparait. (Sandra Fuhringer): alone on the lake seul sur le lac (plongeon = oiseau : huard NdT) Dans une ambiance plus détendue, on trouve des répétitions variées dans plusieurs haïku sur les chats (Denver Stull): winter ice storm; tempête de glace hivernale ou (Arizona Zipper): Opening its eyes Ouvrant ses yeux et en beaucoup plus condensé (Vincent Tripi) : Letting Laisser Ceci pourrait être comparé avec les différentes constructions du mot répété ici (Gary Hotham): letting laisser Souvent, il y a un changement de catégorie grammaticale. Un nom est répété par un verbe correspondant (Margaret Chula): sudden shower Il peut y avoir une surprise amusante qui nous attend à la fin (Gary Gay) Weight lifter monte-charge
Holding the water, retenant l'eau, ou (Foster Jewell): Finding this cavern
- Trouver cette caverne
- Le ou les mots répétés sont généralement grammaticalement au centre, une position qui n'est pas souvent donnée à une phrase adverbiale. Cela a été fait, et avec grand succès (Nick Virgilio, la ponctuation diffère selon les anthologies) : Lily: Le lys: LA REPETITION PEUT ACCROITRE L'IMPACT D'UN HAIKU La répétition d'un mot, ou même d'une phrase, peut accroître l'impact d'un haiku. Comme tous les autres outils de la poésie, il doit être utilisé avec discrimination. Une scène doit en effet paraître chargée (d'émotion) pour que la plupart des lecteurs prennent soin de la relire. Pourtant, cela vaut la peine d'essayer. Ainsi, la répétition, si elle est adroitement utilisée, accroît le sens. Elle apporte aussi un plaisir musical. C'est un aspect du haiku occidental qui a été moins suivi qu'il n'aurait du l'être. L'emphase porte généralement sur la présentation de l'image, qui bien entendu est essentielle, et aussi, particulièrement dans le haïku anglophone, sur la réduction jusqu'à un minimum absolu de mots. L'élaguage est apprécié et pratiqué à un point tel que le haïku peut paraître famélique, il ne reste plus que des vertèbres se cognant l'une l'autre. Il y a là un besoin pour de la chair, pour un flux musical. Ce qui qui peut être obtenu par divers moyens. Il y a les simples rimes sonores, comme les allitérations. Il y a le rythme par lui-même, une utilisation consciente des alternances entre syllabes courtes et longues ( et une analyse devrait aussi différencier l'intensité de la contraction dans les syllabes courtes. Un problème négligé dans les métriques conventionnelles). Bien sûr, nous devons nous efforcer d'avoir une diction naturelle mais cela ne doit pas signifier que le haïku est une sorte de prose hachée. Le haïku est une poésie, et la poésie a durant des millénaires utilisé des effets sonores pour créer une sensation musicale. Ne disons pas que le langage de Shakespeare et Keats est incapable de faire cela !
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