On Western Haiku....

Serge Tomé

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Commentaire sur l'article de Cor van den Heuvel
Serge Tomé - 18/09/2004

Le monde a changé effectivement depuis 1986. Le haïku a suivi cette évolution de l'ouverture du monde et de l'accélération de la circulation des informations et des idées.

La principale cause de diffusion et d'évolution du genre est la circulation d'information. Le haiku est particulièrement adapté à cela par le fait qu'il s'échange, se discute en groupes, par sa petit taille et donc le grand nombre produit mais aussi par la faiblesse de l'enjeu 'droit d'auteur' qui abaisse le seuil de méfiance dans la diffusion.

Le haiku qui se diffusait auparavant par les revues et livres a commencé à se publier sur l'internet. Son audience s'est accrue par l'offre et surtout par la diffusion de sa présence (moteurs de recherche, annuaires). Il correspond aussi à une forme d'esprit actuelle, rapide, le zapping. (Voir mon article).

Le genre diffusant, il touche un public plus large et donc une partie qui n'est pas prête à se plier aux règles et 'cérémonies' de son écriture. Il touche aussi des gens dans une gamme de conceptions plus diversifiée (à cause du nombre). Il ne peut donc que se diversifier aussi.

D'abord par la diversité des regards que les gens portent sur le monde. Les gens vivent dans des environnements différents, plus urbains; pensent dans des cultures différentes, ont des structures verbales, mentales, des syntaxes différentes. Ce ne peut que se traduire dans une forme aussi petite où l'habillage est impossible.

Ensuite parce lorsqu'on s'éloigne des cercles 'rigides' de la tradition, les gens y incorporent leurs règles, celles héritées des formes qu'ils ont pratiquées et qui sont leur "culture d'écriture". Il faut dire que les règles d'écriture sont un ensemble flou qui se prête à toutes les variations et dérives. La forme étant petite et 'nouvelle', la plupart des gens ne prennent pas le temps d'étudier (car cela parait si facile...) comment on l'écrivait avant et donc n'en font qu'à leur tête...

Dans les dérives, on peut noter :

-- les épigrammes, proverbes, les axiomes, "les vérités générales".

-- les jeux de mots, phrases comiques

-- le spam

-- les slogans

-- la dérive poétique. Utilisation de la boite à outils occidentale, personnification, implication personnelle de l'auteur, explicitation du discours. C'est très fréquent dans le monde francophone au point que je me demande si ce n'est pas une mutation du style.

-- l'abstraction.

-- la dérive formelle. Souvent due aux nouveaux arrivants qui ne prenant pas le temps de comprendre, se croient obligés de changer tout. C'est parfois aussi le fait d'écrivains confirmés qui ayant acquis de la maturité, se déployent en avant du genre.

Il y a aussi une extension des situations d'écritures par la diversité des environnements. Des situations nouvelles apparaissent (aeroports, navetteurs, vacances lointaines, embouteillages, guerres vécues au travers des médias, causes à défendre...)

La communication (communion...) facilitée, les concours fleurissent. Ils jouent le rôle d'attracteurs mais aussi de stabilisateurs du genre. Ils déterminent la couleur "officielle". La ligne du Parti.

Les groupes se sont formés, partout. L'écriture du haiku qui fonctionne par nature ainsi. Le haiku essaime, diffuse.

Le poids médiatique et communicationnel des USA et par aspiration des anglo-saxons leur confère une puissance de diffusion et de création de réseaux qui génére un monde de haiku presque uniquement anglo-saxons. Les Japonais, gênés par leur tradition culturelle d'isolement, par leur langue et alphabet illisibles, finissent par ne plus "exister". Le haïku se transforme donc en une poésie nord-américaine, anglo-saxone à tout le moins. C'est la dérive ethnique.

Ayant acquis un certain passé dans le monde occidental, le haïku se cherche de nouvelles voies, libéré du complexe d'infériorité face aux Japonais. C'est d'autant plus facile qu'ils pèsent de moins en moins et à vrai dire ont presque disparu de la scène médiatique. Le haïku se décroche du Japon, devient autonome et donc s'affranchit de l'imitation du haïku japonais. Au fond, il a raison. Il évite ainsi la sclérose dans un monde en mouvement. Ses règles séculaires sont remises en cause et bousculées comme toutes les autres. De nouvelles voies (voix) apparaissent alors légitimes.

Tout l'enjeu est actuellement de voir quelle est la marge possible de divergence, de liberté, si on veut continuer à appeler cela un haïku.

 

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