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Alain Kervern
Brest, Bretagne (France)

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Passage à l'acte
Alain Kervern

“ Ce que certains mettent trente ans à obtenir en priant dans un monastère, moi, je le vis tous les matins, quand je m'embarque.”

(Malo, 26 ans marin-pêcheur)

 


Cinq heures du matin
bruit de cloche
dans le ressac

Murmure mouillé
l'adieu au quai
dans un bruit d'aviron

J'assisterai l'aurore
dans la mise au monde
des couleurs

Horizon noirci
de la côte en face
les cartilages luisent

Contre les hublots se jettent
des cris de mouettes

Du fond de la baie
monte un ciel
d'acier

Bastingage arraché
de risque en risque
pêcheur d'hivers

Le meilleur de moi-même
embarqué
pour l'aurore

Elle embarque
avec ses odeurs
la nuit

Fanaux intermittents
des bateaux dans le noir
grosse mer

Sous les projecteurs
les encres grimaçantes
de chaque déferlante

Fuyant l'hiver
le vent du Nord
crépite à l'étrave

Happé par le vertige
du ciel qui bascule
à bord

Un grain
creuse la mer
sur les hauts-fonds

L'étrave
file et fend
le jour naissant

Rupture de câble
sur zone
et le fracas des eaux

Noir d'outre mort
la même nuit
qu'avant la mer

Par tribord
la mort
à l'abordage

Nourri de noyés
et de tempêtes
le Noroît glapit

Savoir la repérer
entre deux longues houles
et saisir la bouée

Jeté sur le pont
l'horizon
dans l'oeil du poisson mort

Contre la proue
la houle
collision frontale

Côté du vent
vent vrai
vent devant

Dans mon ciré
les traces des crocs
de l'océan

 

Copyright Alain Kervern, 2002
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