Haiku - tempslibres - Présentation de livre.

Trois petits pas sur le sable...
Gérard Dumon

Un bien beau recueil. J'ai été impressionné par la fraîcheur des images, le regard amusé sur les choses, l'attention, toujours en éveil, portée sur des détails. Les haïkus sont simples, parlent d'images simples. A première vue. Mais si l'on s'arrête un peu, on découvre une écriture plus profonde, affleurant au détour d'un comique de situation. L'auteur a le regard attentif. Il sait le transcrire avec un maximum de distance, ne mettant que l'essentiel, et laissant le lecteur faire le reste; ce qui est toujours une garantie de réussite.

J'ai particulièrement aimé :

surpris le héron
ne sait plus quoi faire
de son long cou

Regard amusé sur les choses. J'ai retenu ce tercet car il illustre bien la fraîcheur du regard qui est une part importante des caractéristiques de l'écriture du haïku. J'ai bien aimé la disposition qui fait qu'il faut attendre la fin pour que le tercet soit actif. Et puis, cela mime un peu le cou long et tortueux de l'oiseau.

pluie de printemps
au fond du ciel délavé
glisse un goéland

Haïku d'atmosphère. Une impression de silence, de délavés de gris sur la mer.

ciel de marais
le reflet éphémère
de chaque oiseau

Ellipse, un haïku construit sur une absence, un vide dans le discours. Le lecteur reconstruit aisément mais de ce fait, enrichit le haïku de son vécu. Utiliser quelques détails pour signifier un ensemble plus important que l'on a pas la place pour décrire. Et cela marche.

soudain un plouf !
sur l'eau de l'étang la lune
se met à danser

Pastiche évidemment. Mais ici, c'est léger comme un reflet de lune sur l'eau.

entre deux biefs
elle a tout son temps
la vache qui rumine

La vie du marais (poitevin ?) en quelques mots. Haïku d'atmosphère au calme de l'eau dormante sous les arbres... Un haïku de Temps lent. A remarquer la figure de dislocation en L3 (rappel du sujet par un pronom relatif).

touffeur du jour
l'araignée d'eau patine
sur le silence

Autre haïku du Temps lent. Un parfait haïku d'atmosphère au fil des canaux du marais.

risée sur l'étang
vent arrière cap au large
une feuille morte

Un haïku rosse ! Hardi d'utiliser un langage maritime pour une simple feuille. Dérision ? Non, cette feuille acquiert une dimension symbolique de vaisseau à voiles. Elle porte nos rêves d'enfant vers le large. Ce haïku démontre une grande liberté dans le regard maîtrise et une maîtrise dans l'écriture.

sentier des mûres
la brise fait battre les ailes
d'un papillon mort

Haïku assez classique avec une structure profonde qui prolonge la Vie. Toujours magique, surtout grâce à la référence aux mûres, de couleur marquante sombre en opposition avec les couleurs vives du papillon. Et puis, il y a du plaisir dans la cueillette des mûres. L1 ajoute donc une touche sensuelle.

un par un
la brume du soir avale
tous les mats
ciel de cendre
échoué sur le sable
l'éclat d'un tesson

Impressionnante l'opposition entre le ciel de cendre et l'éclat de lumière. Une dialectique clair versus obscur suractivée par l'archétype du Point actif (ici l'éclat). Similitude aussi entre cendre et sable. Des tonalités grises d'où émerge un point de Lumière, comme d'un chaos. D'ailleurs, il existe aussi une relation de chaos entre cendre et tesson (verre brisé).

brume matinale
le carrelet court sur la mer
à pas de géant

Autre regard amusé sur ces cabanes sur échasses qui comme des araignées ont l'air de marcher sur l'eau. C'est la fraîcheur du regard et l'ouverture sur l'Imaginaire qui guident cette écriture.

fraîcheur du soir
sur la jetée des bancs
contemplent la mer

Que font les choses quand nous ne sommes pas là ? Ce pourrait être un haïku banal sur le soir au bord de mer avec ses promeneurs mais la substitution d'un seul mot lui donne un air plus étrange, plus original.

nuit blanche
sur la dernière page
un rond de café

Haïku sur l'insomnie. Ce n'est pas le mouvement qui est noté mais un indice. On a du lire jusqu'au bout, puis fatigué, posé la tasse maladroitement.

matin de mars
aller jusqu'au bout du quai
prendre le soleil

Mars, le mois du solstice. Celui du retour de la Lumière. L'auteur va jusqu'au bout du monde (le quai) pour la cueillir. Archétype de la recherche de la Lumière, là en action dans ce haïku.

retour de plage
sur la corde à linge
trois générations

De nouveau un regard amusé sur une chose banale et une manière originale et très efficace de le dire. Qui ne rira pas en lisant ce haïku et en imaginant les maillots de tailles très différentes. Mais attention à la structure profonde, ces tailles que l'on imagine, c'est la flèche du Temps qui les marque. Avec ces trois maillots, c'est notre transformation, notre Chute qui est là sous nos yeux. Méfiez-vous des haïkus !

soleil de juillet
toute la famille retrouve
le goût du sable

Il me fait penser aux vacances de Monsieur Hulot. Oui, le sable partout est un marqueur important des vacances à la mer. Fine manière de le rappeler. Efficacité du discours sous une forme comique.

fin des vacances
elle prend la route du nord
dans sa robe à fleurs

Belle manière de dire les choses. Comment mieux dire la fin des vacances et les souvenirs que l'on veut emporter. Efficacité du discours.

nuit d'Halloween
en robe de brume les bateaux
tirent sur leurs chaînes

Lugubre comme le sujet le commande. Haïku intéressant car on a deux niveaux de lecture avec des images différentes. La structure superficielle décrit ce que l'on voit. Et avec les mêmes mots, il y a une structure profonde plus inquiétante introduite par L1. Un beau résultat.

Revue par , 2016-04-20

couverture du livre

Trois petits pas sur le sable...

Haïku

Editions La Grange de Mercure, 2016
ISBN 979-10-92818-30-7 - (Editions La Grange de Mercure)
- 111 haïkus
- 95 pages, format 11x18cm
- Préface du livre par Vincent Hoarau

Pour commander :

La Grange de Mercure : http://www.lagrangedemercure.com ;