Haiku - tempslibres - Présentation de livre ...

Le livre zen des saisons
Iocasta Huppen

Voilà un beau premier recueil. Il est construit classiquement sur le cycle d'une année. Iocasta nous emmène et nous fait vivre avec elle toutes les impressions, parfois simples, parfois intimes qui forment les souvenirs d'une année. Le cycle est marqué dans le temps, de manière plus fine que par le simple découpage des saisons. Le Temps s'écoule autour de nous au rythme des images.

Des images... Iocasta a le regard. Elle perçoit et note finement des détails, ses sensations, des moments parfois fugaces mais souvent riches d'images. Elles sont prenantes.

Je l’ai vue venir
entre les herbes trop hautes pour elle
la sauterelle
Tempête de neige
un lampion en papier éclaire
les pieds d’un passant

Sens de l'image

Soleil d’hiver
de la vapeur s’échappe 
du dos des bêtes
Marché d’hiver -
devant le vendeur de gaufres 
elle enlève une moufle

L'écriture est légère, parfois minimaliste. Mais tout y est. Elle a le sens du récit, l'art de poser le minimum sur la table et de laisser le lecteur construire le reste. Cette grande ouverture est une marque de qualité.

Rondes et petites
blanches et parfumées
fleurs des fruitiers

Minimalisme ici en deux lignes très ouvertes :

Un tram vide roule vite -
premier jour de l’An
Dimanche après-midi –
je regarde fondre les grêlons
Ciel d’orage –
le vent naît dans les arbres

L'écriture est dynamique, basée sur des oppositions qui dynamisent le discours :

Bain fumant
la pluie tombe sans arrêt

Elle a le sens du mouvement et sait le faire passer dans le texte :

Allée aux réverbères –
les flocons s’habillent
halo après halo
Silence 
la neige se dépose
strate après strate

On découvre aussi du mystère (yugen) au détour d'un haiku. Ce qui est dit est juste suffisant pour éveiller notre attention et faire résonner le haïku en mémoire. Ce trait à peine dévoilé participe à l'ouverture donnant force et durée au discours.

Premier jour de l’An –
les pleurs d’un bébé arrivent
de la rue déserte
Après-midi froide
deux canards en vol
le ventre lourd

Iocasta sait aussi parler intime. En quelques mots, elle nous dit la femme amoureuse.

Nuit chaude de mai –
il allume myriade d’étoiles
dans ses yeux
Moiteur d’août –
il lui embrasse les poignets
et la lie à lui

Son écriture est aussi sensuelle. Une technique délicate, difficile car il faut éviter l'explicite.

Pluie chaude d’été
je m’enfonce jusqu’au menton
dans l’eau du lac
Eté indien -
flottement d’une robe
sous les érables
Les feuilles frémissent
au moindre de ses mouvements –
kimono d’automne

Lenteur du Temps

La plaine
en suivant du regard
l’ombre du nuage

Atmosphère

Vague de chaleur
les peupliers frémissent
au bout des champs
Du persil sauvage 
pousse dans l’ombre du noyer
allongée je ferme les yeux
Une feuille jaune
tombée sur la couverture
dernier pique-nique
Pleine lune –
sur le pont en bois la neige 
craque sous ses pas
Derrière le rideau
la belle enlève sa blouse –
reflet de miroir

Sans oublier l'humour, qui est aussi un plus.

Ciel bleu d’été
du car-wash d’à côté
l’odeur de propre

Donc, une écriture riche, pleine, capable de parler de tout. Merveilleusement.

Haïku "Zen"

Glissant au soleil
l’image d’une barque effleure
les lotus ouverts
J’ouvre le matin
la porte en papier de riz –
la brume dans les arbres
Sous les cerisiers
des fous rires retentissent
le saké est frais
Une ombrelle jaune
traverse le pont rouge –
lumière de neige qui tombe

Revue par , 2017

couverture du livre

Le livre zen des saisons.

Haïku

Editions L'Harmattan, Paris ,
Collection Poetes Des Cinq Continents.
ISBN 978-2-343-11800-0
124 pages, format 13,5x21x5 cm

L'Harmattan : http://www.editions-harmattan.fr/ ; 14 euros