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d'un instant à l'autre
Yves Brillon

J'ai rencontré Yves cet automne au Jardin du Luxembourg à Paris. Nous avons parlé longuement autour de la pièce d'eau. C'est un homme sage qui parle posément, qui prend le temps de bien faire les choses dans ce monde agité. Cela fait du bien de le connaître...

Il écrit des haïku depuis peu. Son écriture est comme un aboutissement. La maturation du regard, la maîtrise des mots, l'ironie légère que l'on acquièrt après un long chemin. J'étais intrigué en ouvrant son livre. Je suis maintenant heureux. J'y retrouve un style que je connais et qui correspond à ma conception de cette écriture. Un style que l'on retrouve chez les meilleurs Nord-Américains. Quelque chose de spécial, difficile à définir.

Tout d'abord une grande aisance d'être, l'écriture semble couler, douce, sans heurts. L'atmosphère est calme, détendue juste ce qu'il faut. Le haïku est dit simplement et résonne longtemps. L'objet est pur et porte la trace de la sincérité, de l'écriture spontanée. Il ne me semble pas avoir été beaucoup retravaillé. La nature est présente à chaque instant. Naturellement pourrait-on dire. Ce n'est pas comme chez nous où, on l'introduit souvent "pour les règles". On y sent la prégnance de l'immensité du territoire, de la Nature plus grande que chez nous.

Le temps joue aussi un rôle important. On ressent sa durée, ses effets. Le haïku est une tranche de temps; il note ici la perception du Temps. Ce n'est pas une photographie figée mais plutôt une trace comme celle d'un étoile filante sur le noir de la nuit. Serait-ce l'influence des longs hivers, de l'immobilité des choses ?

Je suis aussi intéressé par la variété des sujets maîtrisés. Le haïku vient naturellement. Même sur les sujets les plus graves.

Le style est techniquement classique, respectant les standards devenus maintenant internationaux. Une écriture rigoureuse qui produit une charpente forte avec des images en interaction, une ouverture finale importante où la sensibilité, la transcendentalité mais aussi l'ironie peuvent se déployer.

Rigueur, maîtrise du style, aisance du propos, ouverture, regard libre et parfois enjoué sur le monde...

dans l'air chaud du soir
le frémissement des trembles --
froufrou de sa robe
après ton départ
les lèvres rouges sur la tasse
sourient encore
l'ombre devant
je marche sur les genoux --
un nuage m'efface
deux oiseaux perchés
sur le fil téléphonique --
jaseurs d'Amérique
trace de verdure 
assombrissant le bitume --
l'ombre d'un platane
le chien à l'étang --
son museau fait onduler
les nuages blancs
des meules de foin
ici et là dans le champ --
l'été se remballe
un érable rouge
au milieu des arbres verts --
griffure d'automne
cris des bernaches
regroupées pour l'exode --
la fenêtre embuée
le long du trottoir
les sapins abandonnées --
silence de l'aube
une fine pluie --
sous le cerisier en fleurs
une ombre rose
livre

d'un instant à l'autre

124 pages, 12x20 cm, 300 haïku, illustrations de Monique Lachapelle
Editions Karedas, Collection kaiseki

ISBN 978-2-910961-41-1
Commande chez l'éditeur : KAREDAS éditions
45 Rue de Belleville
Paris 75019
France
15euros

Revue par Serge Tomé

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