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de livre ...
Tro Breizh
En notre faim, notre commencement
Le pèlerin-poète
chemine avec tous ses frères de route, le mur au Levant, .les pieds
en Bretagne où " les galets ricanent " et où les
paysages sécrètent du bonheur: Sur les chemins du Tro-Breizh,
à peine congédiés, les saints retrouvent de l'embauche.
La période brève, hachée, rythmée, convient
au marcheur qui prend le temps d'entendre " la vieille qui parle
avec son feu ". Harassé, crotté, reprendre son souffle
dans le " ventre de la chapelle " où chacun dépose
ses rêves de guérison ". Marcher aide à penser
et, entre deux averses tièdes, le pèlerin consume le superflu,
se débarrasse de ses certitudes crevassées, de ses ambitions
vaines, et de ses convoitises dérisoires.
Sur la route
assaillie
la meute des odeurs
lâchée
Crépuscule
à Plistin
saint Efflam en colère
répare sa chaussure
La muraille de
l'Arrée
contient à peine
l'immensité de la plaine
Pour seule
bannière
dans la procession
des fougères brandies
Un long cheminement
en l'honneur
de septs petites cloches
Dans les rêves
flottants
au-dessus des dormeurs
ceux-ci marchent encore
Le soleil
des chaumes
monte
le long des tiges
Paimpol
au point du jour
on entend s'ébrouer
les premiers randonneurs
Sur la pointe
des pieds
à Commana
l'étoile des bergers
Alouette
le point le plus haut
de l'été
Pris au piège
d'une averse
tant d'odeurs libérées
Vivier-sur-mer
l'océan se retire
le ciel se déploie
S'avancer
jusqu'aux lointains colzas
qu'aucun rêve ne franchit
Coups de griffe
l'orage
sur les toits de Morlaix
Mêlée
au bruit
des bâtons de marcheurs
l'espérance
Cantqiues
à la volée
quitter sa maison
d'un coup de tête
En panne
sur la route
le vélomoteur
de saint Patern
Après
l'averse
entre ciel et terre
un chemin transparent
Mes doigts
sur le granit
recherchant le passé
digor ouzh va gortoz
Par monts
et par vaux
une nouvelle histoire
de petits cailloux blancs
De flaque
en flaque
passent les nuages
et la marche des saints
Du même
pas
sans retour
rires dans la brume
Ecume et
ciel
la clameur des falaises
la houle des marcheurs
Le serpent de
la route
affronté sans étole
par les fils de saint Pol
Alignées
sur le mur
aux assoiffés de route
trois bouteilles en obole
Entr-aperçue
chez elle
une petite vieille
qui parle à son feu
Deux mille marcheurs
se retournent soudain :
la lune
Il baisse pour
épargner
les papillons de nuit
la flamme du camping-gaz
Au fil de nos
pas
tant de réponses
s'effilochent
Dans le ventre
de la chapelle
Jonas et les Sept Saints
Mille ans
de sainteté
au pied de la croix
une pie-noire heureuse
Autour du cierge
l'ombre
fait de grands gestes
Choix des haïku
présentés : Serge Tomé
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